Un face-à-face unique entre les jeunes et les témoins

Jamais dans l’histoire de l’humanité il n’y a eu autant d’êtres humains fuyant leur domicile, voire leur pays : plus de 80 millions de personnes sont aujourd’hui concernées. Elles vivent des expériences inconcevables, se retrouvent dans des situations précaires, ignorent quel sera leur avenir. Fuir a également été l’une des seules possibilités pour celles et ceux qui ont survécu au projet d’extermination nazi.

Avec la disparition des derniers témoins, il ne restera bientôt personne pour transmettre l’expérience vécue et tangible de la Shoah, ce qui rend ces témoignages encore plus précieux pour les générations du 21e siècle. Rachel Jedinak, Eva Koralnik, Jeanne Zinenberg, Paul Schaffer et André Panczer racontent des vies irrémédiablement broyées, sur les ruines desquelles ils sont parvenus à reconstruire leur existence et à retrouver foi en l’humanité.

André Panczer

Né en 1935 à Paris. Persécuté en France, il est pris en charge par un réseau de sauvetage d’enfants qui le fait passer clandestinement en Suisse.

Quand je suis arrivé en classe, je n’étais pas le seul à porter l’étoile jaune, et l’institutrice a dit aux autres élèves : « Vous voyez ces enfants ? Ce sont les mêmes qu’hier, quand ils n’en portaient pas, et ce n’est pas parce qu’ils ont une étoile qu’ils sont différents de vous.

Eva Koralnik

Née en 1936 à Budapest, elle fuit la Hongrie avec sa mère et sa sœur pour trouver refuge en Suisse.

Nous avons eu beaucoup de chance d’avoir des gens qui nous ont aidés. On voudrait éduquer nos enfants dans le même esprit. On ne peut pas changer le monde, mais il y a toujours moyen de rendre ce que l’on a reçu, d’être généreux et un peu plus humains.

Rachel Jedinak

Née en 1934 à Paris. Elle réchappe à la rafle du Vel’d’Hiv et vit cachée jusqu’à la fin de la guerre.

J’avais 8 ans. J’avais peur. Je ne voulais pas lâcher ma mère. Alors elle m’a giflée, une gifle violente. La seule gifle de ma vie. C’est plus tard que j’ai compris que cette gifle m’avait sauvé la vie.

Paul Schaffer

Né à Vienne en 1924 et décédé à Paris en 2020. Il fuit en Belgique, puis en France, d’où il est déporté à Auschwitz.

Une blessure n’est pas forcément une blessure visible, comme un bras ou une jambe en moins. La blessure de l’âme est l’une des plus dramatiques. Elle reste toujours à vif. Je vis avec la mémoire de la Shoah presque tous les jours. Je ne peux pas m’en défaire

Jeanne Zinenberg

Née en 1926 en Pologne, vit en France d’où elle fuit en Suisse. Elle est placée dans des camps d’internement pour réfugiés.

Dans son ensemble, la population suisse n’a pas été très gentille vis-à-vis des réfugiés, elle a été souvent indifférente, voire hostile, mais je suis reconnaissante envers cette Suisse qui, en dépit de cela, nous a permis d’être des survivants.

Droits des films : Institut National de l’Audiovisuel (INA) et Fondation pour la Mémoire de la Shoah (Paul Schaffer) — Haute école pédagogique du canton de Vaud (Rachel Jedinak, Eva Koralnik, André Panczer) — Cinémathèque Suisse et Association Archimob (Jeanne Zinenberg).

@ HEP Vaud 2021